Si je n'avais pas lu Edward Saïd, je serais orientaliste - لو ما قرأت كتاب إدوارد سعيد لكنت مستشرقة
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Saturday, 1 September 2012

Vacances en Toscane ...



- Partir à cinq adultes en Fiat Punto : il faut être inconscient ou simplement con pour penser cela faisable. Ou alors, comme nous, avoir une médaillée d'or de la tétris de bagages. Ou comment savoir utiliser littéralement chaque centimètre carré de libre dans la dite voiture ...

- Avoir de la famille là bas : on se dit «cool, on part en vacances, on va être tranquilles sans voir personne». C'est oublier qu'il y a, effectivement, toute la famille là bas, c'est à dire le 95% qui n'a pas émigré en France. Donc voir personne, ca ne marche pas. Mais c'est quand même des vacances : la même chose qu'en France, mais en italien (et croyez-moi, ça change tout !)

- Août 2012 : on voulait du soleil, après un été intégralement pluvieux. On l'a eu. Il n'a pas plu en Toscane depuis plus de trois mois. Sécheresse, plus de 40° tous les jours, la nuit rarement en dessous de 20°. Il faut pouvoir tenir le choc, dans un appartement dans climatisation. (heureusement, l'appartement est aussi situé en montagne).

- Dépaysement : en fait, c'est comme un pays arabe, mais avec plus de sous, moins de guerres, et plus d'eau (enfin, les autres années oui). Moins de déserts aussi. Quoi qu'on en dise, les cultures méditéranéennes sont suffisament similaires pour qu'on en parle au singulier.

- En Italie, la mozarelle de buflonne et les glaces sont moins chères qu'en France. Les pizzas aussi. Programme bouffe annoncé ...

- La Toscane, mieux qu'une musée : tout est vieux et chaque pierre a son laïus plus ou moins multi-centenaire, mais à la différence d'un musée, ça vit. Les gens y habitent et mènent leur vie quotidienne. Etrangement on a plus l'impression de vie là bas que d'autres régions «historiques», alors que sur le plan démographique le pays se meurt ...

- En Toscane, fidèles au cliché, les gens parlent fort et avec leurs mains. On a enfin l'impression d'être normaux.

- Au restaurant-pizzeria classieux au milieu de la vallée pleines d'oliviers, la serveuse t'engueule presque quand elle voit que tu ne finis pas les plats. «ben quoi, c'est quoi ces restes ? Vous avez pas faim ? C'est pas bon ou bien ?». Mais c'est normal, c'est la forme de politesse du coin.

- En Italie, les pâtes (bolognaise ou autre) est un des plats d'entrée, rien d'autre. On l'oublie toujours, jusqu'à ce que la maîtresse de maison ramène la suite : les viandes, les patates et les légumes.

- La déco intérieure des maisons, c'est comme dans les pays arabes : souvent dépouillé et kitsch à la fois. Y compris une certaine persistence de la «bondieuserie»*, version catholique. Tout un art.

- En Italie, les gens tendent à vivre dans d'énormes maisons à plusieurs générations - une par étage en général. De l'arrière grand-père aux petits enfants, de façon patrilocale (la femme vient vivre dans la famille de son mari).

- La Toscane, ça ressemble à la Palestine : des collines et des oliviers partout.

- Fait linguistique étrange constaté : quand un italien te parle, tu ne comprend pas (toujours). Quand trois italiens te parlent en même temps, tu comprends (beaucoup plus).

- En Toscane, j'ai découvert que la famille de mon père et leur nom, assez banal dans le coin, remontait à une ancienne famille noble du 12-15ème siècle qui vivait dans un village-château dont il ne reste que des ruines. Et un blason ! Pour nous fans du moyen-âgeux, et moi qui peint des fresques, des emblèmes et des blasons sur les murs quand l'envie m'en prend, c'est une découverte motivante ... 



* «bondieuserie» : sans les guillemets, nom péjoratif désignant toute sorte de manifestations de pratique religieuse. Avec les guillemets je voudrais donner un sens plus neutre, désignant effectivement des manifestations de type religieux, ou plutôt ces restes, souvent des objets, qui sont universels, qui relèvent plus du porte-bonheur ou de l'amulette, ou même de simple trait culturel (la personne les possédant pouvant ne pas être religieuse du tout) et esthétique. En Italie on accroche des images de la Vierge comme d'autres mettent des citations philosophiques ou bouddhistes. La personne concernée peut tout à fait voter communiste aux élections sans y trouver de contradictions ...

Sunday, 15 April 2012

Friday's links :

On strangers ...

" I love strangers who smile at you when you accidentally catch their gaze. Especially the ones who let you into their life for that fraction of a second. It’s just something about the levels of “genuine” that you can catch in their smile. I don’t know you, and you don’t know me, but you smiled at me like we were old buddies, and I love you for that. "
Continued here.

On homesickness ...

" I stared at that photo and I felt homesick. I longed for Harvard Square. I missed the familiar feeling of it. I missed the people around me reading books. How those people have many different thoughts and perspectives and how it is often possible to sense that those people accept the differences among them.  I missed it being a place where I could go and disappear."
Continued here.

Friday, 16 March 2012

Imperial Life In The Emerald City


... by Rajiv Chandrasekaran.
      The only epithet that comes to mind after reading this is : surreal. A report form inside the Green Zone, the general quarters selected by the American during their occupation of Iraq. The "behind the curtains" of an invasion by a bunch of guys who thought they were competent when obviously they didn't live on the same planet as the rest of the world, in this case, a destroyed country occupied by themselves. It is so incredible from end to end you'd think it's a comedy scenario, except it involves too many deaths on every side to be funny.


( in the british housing compound ) :
"a handwritten sign admonished YEE-HAW IS NOT A FOREIGN POLICY"
(p.208)

"The Green Zone, Scene XI :
     About a month before the handover of sovereignty, Joshua Paul, a young CPA* staffer, typed up a joke on his computer (...). In less than a week, almost everyone in the Green Zone had seen it.
     Question : Why did the Iraqi chicken cross the road ?
      CPA : The fact that the chicken crossed the road shows that decision-making authority has switched tot he chicken in advance of the scheduled June 30th transition of power. From now on, the chicken is responsible for its own decisions.
Halliburton : We were asked to help the chicken cross the road. Given the inherent risk of road crossing and the rarity of chickens, this operation will only cost $326,004.
Shiite cleric Moqtada al-Sadr : The chicken was a tool of the evil Coalition and will be killed.
US Army Military Police : We were directed to prepare the chicken to cross the road. As part of these preparations, individual soldiers ran over the chicken repeatedly and then plucked the chicken. We deeply regret the occurrence of any chicken-rights violations.
Pershmerga : The chicken crossed the road, and will continue to cross the road, to show its independence and to transport the weapons it needs to defend itself. However, in the future, to avoid problems, the chicken will be called a duck, and will wear a plastic bill.
Al-Jazeera : The chicken was forced to cross the road multiple times at gunpoint by a large group of occupation soldiers, according to witnesses. The chicken was then fired upon intentionally, in yet another example of the abuse of innocent Iraqi chickens.
(Secret services) : We cannot confirm or deny any involvement int the chicken-road-crossing incident.
Translators : Chicken he cross street because bad she tangle regulation. Future chicken table against my request.»
(pp.249-250)
       * what could be said to be the civil command of the american occupation in Iraq.
      «A USAID colleague called him (Burkle) the «single most talented and experienced post-conflict health specialist working for the United States government». A week after Baghdad’s liberation, Burkle was informed that he was being replaced. A senior official at USAID told him that the White House wanted a «loyalist» in the job. Burkle had a wall of degrees, but he didn’t have a picture of himself with the president.»
(p.212)

Thursday, 15 March 2012

     I think I just found part of the great question : why I, an italian french, am interested that much in the Middle East ? Well, because it obviously feels a bit like home.

" Sometimes it’s hard to tell if they’re actually angry or just really, really happy to see you. "

( How to piss off an italian, by Eva Sandoval )

Friday, 25 November 2011

Si je pouvais mettre les voiles ...

     "Qu'est-ce que les hommes peuvent comprendre à cette humiliation subie par les femmes, à ce voile qui symbolise la culpabilité d'habiter un corps féminin, comme si les femmes devaient avoir honte de leur crâne ? Est-ce une vie digne d'un être humain que de se sentir coupable par le simple fait d'exister ?"
(p.95 de Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann). *

     Je suis toujours étonnée quand je lis ce genre de témoignage (romancé dans ce cas là), ce genre d'opinion. Je me demande quelle triste vie a pu aboutir à ce que quelqu'un éprouve des sentiments si violents sur un bout de tissu, lui donne de si énormes symboles.
     Mon expérience a été radicalement différente, l'exacte inverse : je rêve de pouvoir me promener dans la rue avec un voile sur la tête sans que personne n'y trouve rien à redire, que ça ne soit considéré comme rien d'autre qu'un simple vêtement. Pouvoir mettre un voile comme d'autres mettent un jean vert.
     J'ai porté le voile pendant mon séjour en Jordanie, profitant de cette occasion d'être dans un pays où ce serait vu comme chose naturelle et ne m'attirerait pas insultes et humiliations, et depuis je regrette de ne pas pouvoir le faire ici ... Cette sensation d'être enveloppée, comme si j'étais au chaud, en boule sur un canapé. Ou ces milliers de styles et de couleurs différentes que l'on peut faire avec tous les tissus du monde ... En occident, quand une chose est belle, on la montre, on frime avec. En orient, c'est l'inverse, ce qui est beau est caché, que ce soit un palais, une femme, un bijou ... Trop précieux pour être montré.              Deux approches de la beauté contraires, j'ai grandi en occident et pourtant je le sens plus proche, et plus à l'aise, dans la vision orientale.
     J'espère qu'un jour, un pays existera où les femmes auront le droit de porter ce qu'elles veulent, un bikini ou une burka, sans que personne n'y trouve rien à redire, dans un entretien d'embauche ou à un barbecue, en voiture ou au bureau ... La liberté absolue finalement, un pays qui accepte les deux approches contradictoires de la beauté en même temps. Un rêve, rien de plus, rien de moins, loin du réel.

     I'm currently reading a book by a franco-iranian author who helds very strong views about the veil, and i'm always mystified by these people who put so much signification and symbolism into a piece of cloth, and I always wonder about their past experiences, how they came to held such views. My own experience is so much different : I wore the veil for months and loved it, and ever since I'm back in the west I regret not being able to wear it, because of all the problems it causes with family, employers, mere unknown people seeing you in the street ... I loved this feeling of being "wrapped up" as if I was cuddling on my couch, the touch of the fabric, and the zillions ways and colors I could wear with it. Though I'm muslim I didn't wear it out of religious obligation ( which I don't think it is anyway, but that's another topic ), but first because I love materials and make the most of any occasion to wear pretty stuff about my person ... Sadly anywhere I go in the west it is connoted one way or another.
     These strong and antagonistic views reminds me also of the radically different way to deal with beauty in the west and the east : in the west, when you have something pretty, you show it off to the world, you flaunt it. In the east when something or someone or some part of your body is beautiful, be it a palace, your hair or jewellery, you hide it, because it's too precious for the outdoor dirty life. And I have this big problem that being born and raised in the west, I feel much more comfortable and tuned to the eastern way of dealing with beauty.

يوم الامس بدأت اقرأ كتاب من مؤلفة فرنسية-ايرانية وعندها فكرات قوية وسلبية تجاه الحجاب. وامام هذه الفكرات انا دائما متحيرة : ماذا وقع في حياة الكاتبة لتجعلها تفكر هذه الفكرات الحاسمة تجاه قطعة من قماش ؟
وتجربتي مختلفة الى الحد الاخر : ارتديت الحجاب خلال سنة تقريبا واحببت ذلك كثيرا جدا ومنذ رجعت الى الغرب انا اريد ولا استطيع ان اتحجب بسبب كل المشكلات التي يوجد مع الناس العديين واي شيئ متعلقة بالاسلام ... والناس لا يفهمون ان الغرب والشرق يتعاملان مع الجمال في اتجاه معاكس : اذا عندك شيئ جميل عندك في الغرب يلازمك ان تريئه الى الجميع وتتكابر معه ... في الشرق الاشياء الجميلة هي متحجبة : القصور والجوهرات والشعر و... ومشكلتي هي ان ولدت في الغرب ولكن افضل شخصيا التعامل الشرقي.
طبعا كل هذا يختلف حسب الشخص او الاخر ولكن اين الدولة حيث يمكن للنساء ان ترتدين كل ما تريدين، النقاب او البيكيني ؟

* Bien sûr le livre ne se résume pas à ce genre d'opinions banales, il est très intéressant ( les résumés et critiques abondent ), assez prenant, bien écrit, bien qu'il manque un peu de profondeur à mon goût.

Tuesday, 1 November 2011

Sharia par-ci sharia par là ...

     Allez, c'est parti, l'occident flippe devant les "islamistes" qui gagnent tous plus ou moins les élections. Mais c'est normal, remarquez, l'occident a été complètement surpris par les révolutions ( quoi, les arabes sont capables de penser, de bouger, et même de faire des révolutions non idéologiques ? ), alors le temps qu'il comprenne toutes les subtiles nuances de l'islam et de l'islam politique et de la récupération politique de l'islam ... Sans parler d'une révolution non islamique (comme si l'Iran shiite et perse de 79 valait pour les pays arabes et plus ou moins sunnites en tout temps !)
     Aucune révolution n'a jamqis débouché sur quelque chose de parfait et d'équilibré dès le lendemain, ni en Europe ni ailleurs, alors qu'on assiste à une vague conservatrice en Lybie n'est pour moi que temporaire, donc éventuellement et seulement temporairement inquiétante. Ce qu'il serait reposant serait de relire un peu les ouvrages d'historiens sur la révolution française, si sanglante, si radicale, si désespérément longue à mettre en place, encore plus en ce qui concerne l'obtention de quelque chose d'équilibré et tolérable, après quelques empires, quelques colonisations et quelques guerres mondiales ... On se rendrait compte finalement que les révolutions arabes et nos épouvantails préférés, les "islamistes" sont plutôt gérables, et fort peu inquiétants, comme surprises de dernière minute.

     PS : j'allais oublier : je recommande chaudement la lecture du bouqin d'un politologue tunisien, ca tombe bien en ces temps révolutionnaires, athée endurci ( voire peut être limite trop fanatique à mon goût ) et qui pourtant, ô choc à nos attentes, sait parler de ce concept fourre-tout qu'est la sharia bien mieux que tous nos journalistes flippés et autres pseudo-intellos qui ne connaissent des pays arabes que le club Med ... "le politique et le religieux dans le champ islamique" de Mohamed Chérif Ferjani. Des euros sagement dépensés en ces temps de crises monétaires et intellectuelles ...

Sunday, 8 May 2011

L'honnêteté

    Une particularité jordanienne qui va me manquer ... Le chauffeur de bus qui s'arrête et te klaxonne pour te rendre 15 cents de monnaie ( comment peut tu oser partir sans attendre qu'on te rende la monnaie ? ), le vendeur du magasin de chaussures qui te redonne ton billet de 5 dinars la fois suivante que tu passes devant le magasin parce qu'après consultation avec le patron il aurait dû vendre la paire de godasses 10 et non 15 dinars ... ou le couturier, auquel tu redemandes une dernière retouche deux jours plus tard qui refuse d'être payé. Et le plus évident, les taxis, qui ne cherchent que très rarement à embobiner l'étranger, et lui fait payer le même prix, d'office, qu'aux jordaniens.
    Mon amie, qui a pourtant vécu dans pas mal d'autres pays arabes, était surprise à chaque fois de ces actes.
    La Jordanie est décidément un pays qui tourne rond là où beaucoup d'autres se casseraient le nez : aucune ressources naturelles, plein de désert, plus de réfugiés que d'habitants ( sur 6 millions, il y a 3 millions de palestiniens et 1 million d'irakiens, sans compter les travailleurs égyptiens, etc ... ) et entouré de voisins plus ou moins turbulents ( Syrie, Irak, Palestine, Arabie Saoudite ).
    Et le chauffeur de bus, pauvre et mal habillé, insiste quand même pour rendre tes 15 centimes, c'est une affaire d'honneur et d'honnêteté, ça ne se discute pas.